L’histoire de Siddhârta parle probablement à beaucoup de gens de ma génération vivant à une époque et dans un lieu privilégié, lorsqu’ils sortaient d’une enfance protégée et se confrontaient a la réalité du monde.
La vie était tranquille, heureuse. Une amie d’école m’introduisit à tous ces aspects de la vie que je ne connaissais pas et auxquels mon enfance ne m’avait pas exposée.
Je découvris la vie à travers les livres, les films, les documentaires. Je reçus soudainement toute cette information sur le côté sombre de la vie, sur la négativité et la violence.
Le plus difficile à accepter était l’existence du “mal”, et le fait le “mal” pouvait se manifester chez tous les êtres humains et aussi en moi.
J’avais vécu jusqu’alors dans un rêve agréable, ou le mal n’existait pas, alors qu’il avait été en fait présent tout le temps.
Une autre prison était mon éducation religieuse. C’était très réconfortant d’appartenir à une religion, d’être pardonné pour ses péchés, et de s’entendre dire qu’à la fin de la vie il y avait le Paradis.
Mes études remirent en question ma religion et mes croyances. Ce fut très pénible quand je réalisai que je me pouvais plus “croire”, et que je me mentirais à moi-même si je continuais.
Je quittais une religion, mais je n’avais rien pour la remplacer. Je trouvais de nouvelles théories pour expliquer la vérité. Cependant, ces théories devenaient très vite de nouvelles “ prisons”, car paradoxalement, c’est plus confortable
Mais la prison n’est pas seulement extérieure, elle est intérieure: je crée ma propre prison, par mes attitudes, mes jugements, mes réactions a l’extérieur et aux autres.
Je me rappelle qu’étant enfant, je me repliais sur moi même quand je me sentais blessée par quelqu’un ou par une situation que je jugeais “ injuste”. Je pouvais rester longtemps prisonnière de mon mutisme. Je me sentais misérable, parce que je ne pouvais pas sortir de cet état. Et je devais attendre que quelque chose d’extérieur ou quelqu’un m’aide à en sortir. J’étais dans ma propre prison de “comment les choses devraient être”.
Lorsque je rentrais chez moi après ma journée de travail et que je réalisais que je revenais seulement en même temps « à moi-même », je compris que toute la journée mon attention avait été captive du monde extérieur.
Et puis il y a la prison de l’imagination: je pensais que je m’évadais de la vie par l’imagination, alors qu’en fait, l’imagination devenait une prison, m’éloignant du présent.
Ces « prisons » ne disparaissent pas, car elles sont liées à notre vie sur terre. Mais en prendre conscience est le premier pas pour s’en libérer.

Gurdjieff revenait fréquemment a l’exemple de la “prison” et “de s’échapper de la prison” dans ses discours. Parfois il commençait ainsi, puis sa déclaration favorite était que si en homme en prison devait avoir la chance de s’échapper, il devait d’abord réaliser qu’il était en prison. Aussi longtemps qu’il échoue a s’en rendre compte, aussi longtemps qu’il pense qu’il est libre, il n’a aucune chance de s’échapper. Personne ne peut l’aider ou le libérer par force, contre sa volonté, contre ses goûts. Si la liberté est possible, elle est possible seulement en tant que résultat d’un dur travail et de grands efforts, et par-dessus tout, d’efforts conscients, vers un but précis.  – Ouspensky, Fragments d’un Enseignement Inconnu.