Je conduisais sur une petite route de champagne ; la journée  était belle, la musique que j’écoutais m’inspirait. La route était dégagée, lisse, ma voiture allait rapidement. Merveilleux sentiment d’ « existence ».
Soudain, là, devant moi, une petite camionnette qui roulait lentement, très lentement.
Impossible de doubler, des voitures arrivant sans cesse de la direction opposée. Et je savais que très bientôt, il y aurait une ligne continue pendant quelques kilomètres. Je devenais très impatiente, je sentais la négativité croitre. J’avais perdu ma vitesse et tout le plaisir qui y était associé !
A ce moment, quelque chose s’est rappelé  que la négativité est un poison et que je ne voulais pas la laisser circuler en moi.
J’ai donc ralenti encore un peu. Il y avait cette partie de moi qui se rappelait  mon but et l’autre partie qui était encore impatiente et en colère. Il y avait un conflit intérieur.
Le fait de ralentir arrêta le « momentum ». Je commençais à « accepter » la situation et la négativité commença à reculer. Je revenais peu à peu à moi-même et l’impatience était remplacée  par un sentiment plus calme.
L’étape suivante fut de prendre conscience que j’avais dû créer une tension chez le conducteur que je suivais de si près. Je me sentis désolée et je ralentis encore, lui laissant plus d’espace.
C’était une vieille camionnette, le conducteur lui-même semblai t âgé, il ne pouvait probablement pas aller plus vite et j’éprouvais maintenant de la compassion pour lui.
Tandis que je continuais à conduire, je remarquais que mon état était maintenant différent de l’état que j’avais avant cette rencontre.
J’étais identifiée avec la vitesse et le plaisir d’aller vite. Cela me donnait le sentiment  de « vivre ». Quand je me suis rappelé de ne pas laisser la négativité circuler, j’ai pu me séparer en même temps de l’identification.
Maintenant, il n’y avait plus d’identification.  Je sentais une certaine joie, mais très différente : la joie d’être libre de l’identification et de la négativité qui en avait découlé.

Notre but est de devenir unifié, d’avoir un “moi” permanent. Mais au début, le travail signifie devenir de plus en plus divisé. Vous devez réaliser combien vous êtes loin d’être unifi é, et c’est seulement quand vous connaissez toutes les parties de vous-même que peut commencer le travail sur  un “moi” ou sur un “moi” principal autour duquel une unité peut être construite. Ce serait une mauvaise compréhension que d’unifier toutes les choses que vous trouvez en vous-même maintenant.  Le nouveau « moi» est quelque chose que vous ne connaissez pas pour le moment ; il croît à partir de quelque chose auquel vous pouvez faire confiance. Tout d’abord, lorsque vous vous séparez de la fausse personnalité, essayez de vous diviser vous-même entre que vous pouvez appeler fiable et non fiable. – P.D Ouspensky