DRIIIING !!!!!….
J’arrête la sonnerie du réveil. « Entamer ma journée avec présence ! » Le cerveau encore embrumé, je regarde avec attention les formes et les couleurs de la chambre plongée dans la pénombre. Je me sens déjà plus réveillé ! « On est dimanche ! » Une sensation agréable m’envahit : « j’aurai plus de temps pour toutes ces choses à finir depuis longtemps… Je commencerai par… »
Mais, emporté par « l’imagination »,  j‘ai déjà oublié d’être présent ! Je m’en rends compte et reviens vite au présent. Je saute du lit. J’ai conscience de mes pieds qui se posent sur le sol. « Réussir à être présent jusqu’à la fenêtre ! » Ça marche… J’ouvre mes volets : il pleut. « Quel temps pourri ! »
Boum ! On appelle ça « une émotion négative » ; elles ruinent nos vies et sabotent la présence. Identifié avec la pluie… il y a de quoi sourire ! Nous sommes constamment identifiés à tout ce qui s’empare de notre attention, de nos pensées, de nos désirs ou de notre imagination.

« Les émotions négatives dépendent de l’identification. Chaque fois que l‘identification est détruite, elles disparaissent. » – Peter Ouspensky

Ah, ces délicieux petits-déjeuners du dimanche ! Je prends mon temps. « Ce miel d’acacia est vraiment exceptionnel ! » Son goût si spécial va m’aider à être présent. En effet : « Délicieux ! » Mes amis m’ont gentiment offert ce miel hier soir ! Souvenirs de la soirée… « C’était vraiment une super soirée !  Nous avons parlé de… et de… et aussi de… »
Boum ! Ma petite cuillère tombe par terre ; le miel m’avait entraîné dans l’imagination. Ouspensky dit vrai : nous sommes des machines manipulées par des ‘moi’s, qui changent continuellement !
Le choc de la petite cuillère m’a ramené au présent ; mais je ne peux pas m’appuyer sur les chocs extérieurs pour échapper à l’imagination ! Je décide de garder mes pieds à plat sur le sol, serrés l’un contre l’autre, pendant tout le petit-déjeuner.
Ça marche : cette situation un peu inconfortable me rappelle de me rappeler moi-même. Quelques dizaines de secondes passent… je suis présent. J’imagine alors d’autres exercices qui pourraient m’être utiles : placer un petit gravier dans ma chaussure, mettre la radio un peu trop fort en voiture, accepter l’invitation de personnes que je préfère éviter…
Boum ! L’imagination m’a de nouveau aspiré ! Il est vraiment difficile de se rappeler soi-même, même trois secondes après en avoir exprimé l’intention :

« Le principal obstacle à l’observation est l’imagination. [L’homme] veut observer quelque chose, mais au lieu de cela, l’imagination s’en empare, et il oublie d’observer. » – Peter Ouspensky

Être emporté par l’imagination en pensant à la présence, c’est un comble !
Boum ! Je viens de me juger parce que j’avais oublié de me rappeler moi-même ; c’est encore une émotion négative !
Ineffables roses, dans leur simple vase !
Égaré dans l’imagination, je les avais perdues de vue ! Leur beauté m’a réveillé. Je m‘approche du bouquet splendide. Une petite voix intérieure me souffle de « diviser mon attention », de prendre conscience simultanément des roses et de moi-même. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt, c’est le meilleur outil pour être présent !
Les tendres formes des pétales… Musique des yeux ! Je prends conscience de mes respirations et des roses en même temps. Je ne les vois plus seulement « avec » mes yeux matériels : je me vois les voir « à travers » mes yeux. Mes perceptions se font plus vives. J‘entends les sons autour de moi, le bruit doux de la pluie…
« Tu divises toujours ton attention ? »
Comme les roses sont belles ! Leur parfum flotte encore autour… Elles transfigurent la pièce. Le bonheur se répand dans l’air, à présent il coule en moi. J’ai le cœur en fête. Cet amour que je découvre en moi…
Gratitude.
Mais la pièce devient plus terne. « Persévère ! Divise ton attention ! »
Je reviens débarrasser la table. La joie de sentir ma main se refermer sur l’assiette !
Faire de cette journée ordinaire une pléiade de joies nouvelles.