Le mot réflexion vient du latin et signifie littéralement ‘pencher en arrière’. A l’origine, la réflexion désigne un renvoi de la lumière par une surface réfléchissante (telle qu’un miroir ou une pièce d’eau). Mais avec le temps, ce mot prit aussi un autre sens, au-delà du sens physique, signifiant le fait de concentrer sa pensée dans une certaine direction. Si quelque chose est absent,je peux le ramener à mon esprit au moyen de la réflexion.
La capacité de l’intellect de réfléchir est à la fois un bienfait et une malédiction. C’est une malédiction quand nous lui permettons de ressasser sans discrimination des événements passésou de rêvasser à propos du futur. C’est un bienfait quand nous utilisons ses pouvoirs de réflexion pour rester concentrés sur un but conscient.

Ouspensky : du bon usage de la pensée

“Nous avons un certain contrôle de nos pensées : nous pouvons penser à telle ou telle chose…Si nous maintenons constamment ce qui nous intéresse dans une même direction, notre penséeacquiert une certaine force et, après un certain temps, cela peut créer au moins des moments de conscience de soi.” – P. Ouspensky

La capacité de réfléchir confère à notre intellect un pouvoir de régénération. En réfléchissant à la conscience, nos pensées se tournent vers la conscience ; la pensée peut servir à transcender la pensée. C’est ce qui fait de l’intellect un bon outil pour l’éveil.

La réflexion dans la Création biblique

Jetons un coup d’œil en arrière sur les précédents chapitres consacrés à la Création :
En mai, nous nous sommes penchés sur l’apparition mystérieuse de la conscience. Nousavons partagé des petits chocs capables de nous faire sortir du sommeil durant nos journées etnous avons vu comment tous faisaient apparaître la lumière de ‘l’observation de soi’.
En juin, nous avons examiné les moyens de prolonger la conscience. A la lumière de l’observation de soi, nous effectuons une division entre ce qui nous maintient endormis et ce qui nous aide à rester éveillés ; nous nous empêchons ainsi de retomber dans le sommeil. Cettedeuxième étape, nous l’avons appelée ‘séparation’.
Nous avons comparé ces deux étapes avec le mythe biblique de la Création. ‘L’observation de soi’ est la création de la lumière. La ‘séparation’ est la dissociation de la lumière d’avecl’obscurité, des eaux d’avec la terre, et la création de la terre ferme.
A ce stade, nous nous percevons comme étant deux : d’une part nos pensées, nos sentiments etnos sensations chaotiques, et d’autre part un observateur conscient. Cette séparation est encore fragile et peut à tout moment retomber dans le chaos. Pour affermir cette séparation, nous devons utiliser la capacité de réfléchir de notre intellect :

“Dieu plaça des luminaires dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre, et pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d’avec les ténèbres.” – Livre de la Genèse.

Gurdjieff - RéflexionSelon la Bible, le soleil, la lune et les étoiles n’émettent pas leur propre lumière. Ce sont des agents réflecteurs de la lumière de Dieu. Ils imitent cette injonction initiale “Que la lumière soit”, qui déclencha la création. Après avoir séparé la lumière des ténèbres, Dieu ordonne au soleil, à la lune et aux étoiles de maintenir cette division. En réfléchissant sa lumière, ils reflètent sa création.

Utiliser son intellect pour régénérer la conscience

Alors que la lumière de la conscience apparaît—et disparaît—mystérieusement, l’intellect peut stimuler sa réapparition. Nous pouvons cultiver des façons de penser et des attitudes qui soutiennent la conscience. Ces modes de pensée deviennent nos lumières intérieures—les maîtres de l’éveil et du sommeil, qui nous aident à tenir en échec notre opposant intérieur et à garder notre but d’être.
Dans cette optique, la question que je pose à mes auteurs est la suivante : quelles sont les pensées et les attitudes qui vous aident à régénérer le rappel de soi ?

“Nous avons le pouvoir non seulement de ne pas penser, mais aussi de penser à ceci et à cela.Donc nous pouvons faire les deux : nous pouvons éliminer les pensées inutiles et nous pouvons aussi placer au centre de notre pensée la prise de conscience de ‘Je’ — ‘Je suis ici’.” – P.Ouspensky