Voir ou ne pas voir ?

Asaf Braverman

Lorsqu’on rêvasse, c’est involontaire ; mais pouvons-nous rêvasser à volonté ? (Pouvez-vous regarder cet écran maintenant et vous forcer à rêvasser ?) Nous nous identifions involontairement, mais pouvons-nous nous identifier volontairement ? (Pouvez-vous devenir fasciné par cet écran maintenant, au point d’en perdre le sens de vous-même?)

Dès lors que nous réalisons que nous ne pouvons pas décider du sommeil, qu’il se produit machinalement, nous vérifions le pouvoir de voir. “Un grand nombre de processus psychiques ne peuvent avoir lieu qu’en l’absence de lumière”, dit Georges Gurdjieff. “Même une faible lueur de conscience suffit pour changer complètement le caractère des processus habituels et pour rendre un grand nombre d’entre eux tout à fait impossibles.”

Gurdjieff-Pyramid-fr-3StepsSi je le vois, je ne peux pas le faire. Pour le faire, il faut que je ne le voie pas ; c’est pourquoi le deuxième bloc posé sur la “prise de conscience” est appelé “observation.” Nous combattons la rêverie, la négativité, l’identification, la hâte et la considération intérieure, au moyen de l’observation de soi. L’observation de soi permet de desserrer l’étreinte de la plupart de ces habitudes machinales, tout en rendant certaines tout à fait impossibles. Elle ajoute une nouvelle dimension au moment : je vois mon esprit en train de rêvasser, je vois mon corps se hâter, je vois mes émotions considérer intérieurement — “je vois” donc “je suis.”

Autrement dit, “voir ou ne pas voir” est la même question qu’“être ou ne pas être.”